« Travail emploi et douance, pour l’intégration professionnelle de toutes les ressources de l’intelligence humaine »

La réaction d’Hélène Plassoux, lectrice de la première heure d’un ouvrage collectif de référence sur la douance au travail

A la demande des auteur·rice·s, Hélène Plassoux témoigne de son point de vue de professionnelle de l’accompagnement, en prise avec la réalité et la complexité humaine, après la lecture de « Travail, emploi et douance, pour l’intégration professionnelle de toutes les ressources de l’intelligence humaine » (2019), Editions L’Harmattan. Ouvrage co-écrit sous la coordination de Yann-Gaël Jaffré en collaboration avec Noks Nauta, Sieuwke Ronner, Laurence Dulon, Steven Verbeek.

Témoignage

Depuis 2002 je m’intéresse à la douance, une expertise d’abord parentale qui est venue au cours de mon parcours enrichir et nourrir mes compétences. Cette question, aujourd’hui, est intégrée dans mes démarches d’accompagnement des changements que je réalise au sein de la société que j’ai fini par créer, après avoir œuvré plusieurs années durant dans des institutions de prévention des risques professionnels.

La question de la douance dans le milieu du travail n’apparaît dans la littérature française qu’à partir de 2015. Depuis, ce sujet fait l’objet de nombreux écrits tant sur les réseaux sociaux spécialisés que dans les rayons des librairies. Mais ce que cet ouvrage a de précieux pour moi, pour la professionnelle que je suis, c’est qu’il a été co-écrit par des experts du travail et de la douance à destination, singulièrement, des praticiens et praticiennes du travail. Ainsi, la parole est donnée pour la première fois à des médecins et psychologues du travail, des responsables de ressources humaines, des coachs professionnels, etc. et leur action, coordonnée autour de finalités convergentes, mise en lumière de façon inédite s’agissant de la douance.

Au-delà de la légitimité propre aux co-auteurs, j’ai apprécié cette façon de problématiser la douance dans le cadre d’une démarche intégrée à la recherche de l’objectivation. Dans ce cadre, les auteurs en font un sujet comme les autres de gestion des ressources humaines et de prévention des risques professionnels. Car l’enjeu est bien de faire de la douance un sujet « banal » qui aurait droit d’être nommé aux côtés des autres sujets relevant de la pluralité des populations au travail. Ce sujet de la douance est complexe et c’est ce qui le rend passionnant. En effet, cette complexité pousse à l’innovation managériale et c’est tant mieux !

Cette façon de dire, en s’appuyant sur le cadre de référence des praticiens du travail et de l’emploi, favorise l’enrôlement et la mobilisation. Elle fait des co-auteurs des possibles « acteurs-réseaux » (en référence à la théorie de la sociologie de la traduction développée par Michel Callon, Bruno Latour dans les année 80) entre la communauté des personnes concernées personnellement par la douance et devenues expertes à mesure de leur développement personnel, et le monde du travail et de l’emploi institutionnalisé. Cet ouvrage a permis aussi la traduction des travaux de la chercheuse Noks Nauta référence dans le domaine et dont les travaux sont inconnus des experts du travail et des préventeurs institutionnels en France (ANACT, INRS, CARSAT, OPPBTP).

Ces regards croisés au travers de l’analyse de 10 études de cas sont riches et illustrent parfaitement comment le sentiment d’isolement à un collectif de travail, du fait de caractéristiques personnelles hors normes ou plutôt « hors la norme », peut avoir un impact sur la santé. Il démontre comment les caractéristiques spécifiques, les différences, surexposent les personnes aux risques psychosociaux lorsqu’elles ne sont pas prise en compte au travail. Ainsi ces témoignages font écho à la citation d’Aristote : « Il n’y a pas de pire injustice que de traiter également des choses inégales ».

Après la lecture de cet ouvrage j’ai conclu qu’avancer durablement vers l’intégration professionnelle de toutes les ressources humaines de l’intelligence humaine exige d’opérer un changement de paradigme : raisonner avec les écarts plutôt qu’avec des moyennes, penser équité plutôt qu’égalité.

Voici ce que m’a inspiré la lecture de ce livre ! Merci à vous pour cette ressource qui accompagne mon action qui vient enrichir mes réflexions dans mes démarches d’accompagnement qui prennent en compte les caractéristiques singulières des personnes dans les dynamiques collectives.  »

Hélène Plassoux – le 11 avril 2020

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